L’usine d’Ambert à Saint-Jean-de-Braye

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La sortie de l'usine d'Ambert à Saint-Jean-de-Braye

La sortie de l’usine d’Ambert à Saint-Jean-de-Braye

La rue d’Ambert est particulière, à gauche c’est Saint-Jean-de-Braye, à droite c’est Orléans. L’usine a fait toute l’histoire de cette rue que j’ai parcouru maintes fois dans ma jeunesse là où habitait mes copains, Jean-Pierre Commun, Gérard Embareck, Gérard Bonsang, Alain Charles, Gérard Trompette, Alain Corson Marcel Boissier, Alain Chambol, Noël Angenault… Mes parents et grands-parents ont travaillé à l’usine qui est restée un fleuron industriel et un modèle social.
À partir de 1917, l’usine d’Ambert va s’implanter à l’Ouest de notre ville sur une superficie d’environ 54 hectares.
Construite en 1917, à la demande de M. Albert THOMAS, alors Ministre de l’Armement, sous le sigle A.C.E.O, usine de la C.G.E . Sa dénomination officielle va changer au fil des années, elle sera les Ateliers d’Orléans de la C.G.E. en 1918, puis UNELEC en 1958, après le rapprochement de la C.G.E avec la Société Alsthom. Suite à l’acquisition d’une ancienne usine de matériel agricole à Vierzon (en 1962), elle prend en 1964 l’appellation d’UNELEC Etablissements d’Orléans-Vierzon.
En 1982, UNELEC Orléans est repris par Leroy-Somer dont le drapeau continue de flotter sur le site. Néanmoins pour les abraysiens et de nombreux habitants de l’agglomération orléanaise, elle est et restera toujours l’Usine d’Ambert. Cette usine a laissé une empreinte indélébile dans le patrimoine industriel de la ville, dans le patrimoine architectural mais surtout dans la vie et le cœur de nombreux abraysiens.
L’Usine d’Ambert modifie complètement le paysage industriel abraysien. Elle occupe une superficie d’environ 54 hectares et emploie plus de 600 personnes en 1918. L’usine a dû faire appel à la main d’œuvre étrangère, en majorité des Espagnols, des Russes et des Indochinois. Elle produit essentiellement des munitions (grenades et fusées) et des pièces détachées de moteurs d’avions. L’armistice interrompt ces fabrications entraînant le licenciement des ouvriers étrangers et des ouvrières surnommées les « munitionnettes ». 

Les dirigeants de la C.G.E. hésitent alors à maintenir le site et décident néanmoins d’amorcer sa reconversion. C’est ainsi qu’à partir de 1920, les activités reprennent, de nouveaux bâtiments sont construits en « dur ». La pratique des travaux mécanisés de précision, un outillage bien adapté et un personnel qualifié permettent aux Ateliers d’Orléans de la C.G.E. d’entreprendre la construction de machines électriques (moteurs, génératrices, alternateurs). Production à laquelle s’ajoute celle d’équipements de freins et compresseurs pour les chemins de fer en utilisant les fonderies de bronze et de fonte déjà existantes. Mais l’usine n’échappe pas à la crise de 1936 et à nouveau des ouvriers sont licenciés, essentiellement des étrangers, à qui on avait fait appel en 1926. Ce sont cette fois en majorité des Autrichiens, des Tchèques, des Polonais et des Portugais. Dans la période qui précède la seconde guerre mondiale, l’usine construit des moteurs d’avions, des hélices à pas variable, des jambes élastiques pour train d’atterrissage des moteurs électriques pour la ligne Maginot. Mais les machines tournantes restent la base principale de ses activités.

 Grâce à la fabrication des appareils de freins pour chemins de fer, les Fonderies de Saint-Jean de Braye (situées sur le site) ont pris tout leur essor et se sont classées parmi les plus importantes et les plus réputées dans leur spécialité.

En 1947, les ateliers adjoignent à leur production celle des palans électriques à câbles qui remportent un vif succès dans toutes les branches de l’industrie, en raison d’une qualité de réalisation qui ne s’est jamais démentie. Ces palans, d’abord construits dans une partie de l’usine « Moteurs » rencontrent un tel succès qu’ils nécessitent la construction en 1957 de bâtiments spécifiques pour le matériel de levage. Cette construction permet de restituer à l’usine « moteurs » l’espace occupé depuis 1946 et d’atteindre par l’emploi de méthodes plus rationnelles une productivité élevée, aussi bien dans le domaine « moteurs » que dans celui de levage (palans électriques et ponts roulants).

Jusqu’à 1400 salariés.
En 1965, l’appellation de l’Usine d’Ambert est UNELEC Etablissement d’Orléans-Vierzon qui dispose d’une superficie de 54 hectares dont 13 se trouvent dans l’enceinte industrielle. Les ateliers et les bureaux couvrent une surface de 48000 m2. L’effectif du personnel s’élève alors à 1350 personnes environ.
En 1982, UNELEC Orléans est repris par Leroy-Somer. L’entreprise va ensuite traverser une période difficile : une partie des locaux est vétuste, les plans de licenciements se succèdent, l’entreprise est confrontée à des difficultés économiques et financières surtout liées aux charges excessives des loyers versés au propriétaire : la C.G.E.. Près de 500 emplois sont menacés et le risque pour la Ville de voir les ACEO quitter Saint-Jean de Braye pour un autre site moins coûteux se profile.

Sources et Bibliographie.
Gallouëdec 1864/1937 Géographe de la IIIème république.
Bulletins municipaux de décembre 1969 et février 1997.
Témoignages oraux.
Fait inédit, la ville décide en 1986, de racheter l’usine ACEO à la Compagnie Générale d’Electricité, pour la céder en crédit-bail aux ACEO eux-mêmes. Le montage complexe et courageux a été possible grâce à la collaboration efficace de l’entreprise, de son actionnaire principal Leroy-Somer, de la Caisse des Dépôts et Consignations et de la Ville.

L’usine d’Ambert est alors restructurée. Une nouvelle page s’ouvre. Aujourd’hui de nombreuses entreprises se sont implantées sur une partie de l’ancien site de l’usine d’Ambert qui avait été achetée en 1987 par la Ville pour y créer le Parc Archimède. Le drapeau de Leroy-Somer flotte maintenant sur l’usine, poussé par un vent favorable. Leroy-Somer s’affiche comme l’un des leaders mondiaux des systèmes d’entraînement et de production électriques. Dans cette usine qui emploie actuellement plus de 400 ouvriers, on conçoit et on produit principalement des alternateurs et des génératrices de toutes tailles pour l’industrie, les navires, les barrages, les éoliennes …

© Comité des Sages de Saint-Jean de Braye – groupe Histoire locale – 2011

Vue de l'usine d'Ambert et de la rue d'Ambert, de la rue Paul Lemesle (en haut) jusqu'à la rue aux Ligneaux (en bas).

Vue de l’usine d’Ambert et de la rue d’Ambert, de la rue Paul Lemesle (en haut) jusqu’à la rue aux Ligneaux (en bas).

Ils y ont travaillé, y ont passé de nombreuses années, les Anciens de l’usine d’Ambert témoignent…

René PELLETIER – 89 ans :
Je suis entré à l’usine d’Ambert en 1939. J’avais pour copains Max et Roland, les deux fils de Marcel GARCIN qui était alors chef du personnel aux usines. Ça aide un peu … Lorsqu’une personne devait être embauchée à l’usine, une enquête de moralité était entreprise par le service du personnel. Je suis entré le premier jour ouvrable après le 14 juillet 1939 et j’ai été très surpris lors de ma première paye de toucher le mois entier. C’était une bonne usine. On touchait le treizième mois. Il y avait des avantages sociaux ; un jour par semaine, un docteur était à disposition dans l’usine, le Docteur ALAIN, il y avait aussi une infirmière à temps plein, une crèche, un bon centre d’apprentissage ; des groupes de jeunes partaient en camp dans les Alpes, les enfants du personnel pouvaient aller en colonies de vacances dans des centres appartenant à la CGE. On organisait des rencontres sportives. Tout ceci se ressentait dans l’ambiance de travail au sein de l’entreprise ! J’ai travaillé jusqu’en 1970 à la fonderie et j’ai été sollicité pour prendre le poste de responsable des achats. J’ai accepté ce poste, fort heureusement ! car les fonderies ont fermé un peu plus tard. J’ai quitté l’usine en 1979, après quarante années passées, si on y enlève deux années de 43 à 45 passées en déportation à Mauthausen. Ce sont des tristes souvenirs que j’ai racontés dans un cahier. Ces pages sont ma participation au devoir de mémoire de cette période. J’ai eu la chance d’en revenir, mon souhait est bien sûr que personne ne revive de telles horreurs.

Roberte, abraysienne – 87 ans :
Mon père était gardien, de jour comme de nuit, à l’usine d’Ambert et comme nous habitions dans le quartier de l’Argonne, ce n’était pas très loin pour qu’il se rende à son travail ! J’ai peu de souvenirs de l’usine ! Mais par contre, je me souviens très bien quand maman m’envoyait porter à manger aux ouvriers grévistes en 1936. J’avais alors 12 ans ; je leur passais la nourriture à travers les barreaux des grilles d’entrée.

Sur la droite, les logements pour les familles des travailleurs à l'usine d'Ambert.

Sur la droite, les logements pour les familles des travailleurs à l’usine d’Ambert.

Yvonne, abraysienne – 68 ans :
Nous étions jeunes mariés et nous habitions dans l’Est, près de Sarreguemines. Mon mari et mon beau frère souhaitaient se rapprocher de Saumur, là où leurs parents étaient installés. Après réflexion et discussion, nous décidâmes un beau jour avec ma belle sœur et mon beau frère de quitter la région et d’y aller ! Après tout, nous étions jeunes ! Les hommes achetèrent le journal et regardèrent les petites annonces : eh oui, il fallait trouver du travail ! Michelin à Tours cherchait des ouvriers. Ils partirent tous les deux et se rendirent sur place. Ils eurent l’un comme l’autre une promesse d’embauche.
Ils s’arrêtèrent dans un bar pour prendre un café, et consultèrent à nouveau les petites annonces dans la presse : UNELEC à Orléans recrutait aussi des ouvriers. Alors, avant de prendre le chemin du retour, ils passèrent à Orléans pour se présenter. Ils eurent tous les deux une seconde promesse d’embauche. En 1966, il était plus facile de trouver du travail qu’aujourd’hui !
Ils sont donc rentrés à la maison, en nous disant : « Nous sommes embauchés deux fois tous les deux ».

Quelques mois après, nous nous installions donc dans la région orléanaise. J’avais quitté mon travail d’aide maternelle dans les écoles et je m’occupais de mon premier bébé.
André, mon mari et son frère avaient choisi UNELEC. Nous n’avons pas eu besoin de chercher un logement : un appartement était mis à notre disposition Cité Saint Loup à Saint Jean de Braye, en location. Nous y sommes restés à peu près 8 ans et ensuite nous avons pu avoir une maison rue d’Ambert que nous avons d’abord louée puis achetée dans les années 80. A partir du moment où le salaire était versé par virement à la banque (vers 1970), l’usine prélevait chaque mois le loyer sur le salaire de mon époux. Je précise qu’avant cette date, mon mari était payé en espèces, il recevait un acompte chaque mois et le solde quinze jours après. À cette époque, il n’y avait pas autant d’agences bancaires qu’aujourd’hui, beaucoup de transactions se faisaient en espèces, même les allocations familiales étaient versées en numéraire à domicile par un agent qui allait de maison en maison.

En tant que locataires, nous étions prioritaires pour acheter cette maison, le prix était intéressant et nous avons fait un crédit sur 20 ans. Nous avions alors nos 3 enfants : 2 garçons et une fille. Guy et Didier, les garçons jouaient au foot et au judo dans les clubs de l’usine d’Ambert.
Je me souviens du premier arbre de Noël de Guy, notre aîné, le père Noël lui avait donné un ours en peluche. Par la suite, nous choisissions les jouets des enfants sur un catalogue, mais ils avaient aussi la possibilité, à partir de 9 ou 10 ans, de bénéficier d’un séjour à la neige comme cadeau de Noël. Tout était gratuit, les enfants devaient juste avoir leur équipement vestimentaire. Transport en bus, aller et retour, pension complète, ski, tout était offert.
L’usine avait un chalet dans les Vosges à proximité du Ballon d’Alsace. Les enfants en ont gardé de bons souvenirs, et même aujourd’hui, il m’arrive encore de regarder les photos de leurs séjours.
Mon mari ne déjeunait jamais à la cantine, nous habitions pas loin de l’usine, il rentrait à la maison tous les midis, sauf le jour du « repas de Noël » qui était servi au personnel : un excellent repas !
Entré comme ouvrier, mon mari a évolué dans l’usine tout au long de sa carrière de 1966 à 2002 ; d’ouvrier spécialisé OS2, il devint ensuite empileur, puis cariste et enfin électromécanicien. Il était heureux de penser qu’il aurait une bonne retraite, mais malheureusement il n’a pas pu en profiter, la maladie l’a emporté six mois avant ses 60 ans.

Emballage de la boucherie Denis, rue d'Ambert. Jacky Denis – ancien boucher rue d’Ambert :

 J’ai pris la boucherie en 1962 ; aux heures de sortie de l’usine, la rue d’Ambert fourmillait de monde. Les uns se dirigeaient vers les bars et cafés, d’autres passaient par la boucherie. Nous étions trois pour servir et çà ne perdait pas de temps ! Monsieur Semensatis, ancien directeur était client de la boucherie, il savait ce qu’il voulait ! Le personnel des usines constituait le plus gros de notre clientèle.

 

Paul Girard, retraité à Tours – 88 ans

 Je suis entré aux Ateliers d’Orléans comme ingénieur au bureau d’études en 1947. J’avais alors 24 ans, et j’y suis resté jusqu’en 1983, pour faire valoir mes droits à la retraite à 60 ans. J’ai occupé divers postes tout au long de ma carrière :
  • 1950 : ingénieur de fabrication
  • 1952 : ingénieur au bureau de calculs des machines tournantes (moteurs, alternateurs pour courant alternatif et continu).
  • 1954 : adjoint au nouveau directeur commercial Jean-Claude Dreyer, chargé de la publicité et des statistiques
  • 1959 : chef du service commercial du département Levage.
  • 19  75 : responsable des ventes des gros alternateurs pour les navires importants construits dans les chantiers principaux (Atlantique à Saint Nazaire, France Dunkerque, La Ciotat, CNIM à la Seyne sur Mer) et des machines spéciales pour les chemins de fer et des groupes convertisseurs (SNCF, Métro, trains de banlieue de Rio de Janeiro).

Un des palans construit aux usines d'Ambert. Parmi toutes nos réalisations, certaines étaient exceptionnelles, tel ce palan de trente-cinq tonnes commandé par la Direction des Constructions et Armes Navales (DCAN) de la Marine Nationale pour le chargement des ogives nucléaires à bord des sous marins lanceurs tel Le Redoutable , à l’Ile longue à l’extrémité de la Rade de Brest. Ce palan est un exploit car il devait entrer dans un cylindre de 1.70m de diamètre. Ce fût le «Chant du Cygne » de l’ingénieur en chef du département Levage Mr Darmois.

Ma vie professionnelle a été une belle aventure, mais au-delà des réalisations matérielles, elle a été surtout une aventure humaine, tant avec mes supérieurs qu’avec les personnes plus jeunes avec qui j’ai travaillé. Nous avons tissé des liens d’amitiés profondes qui nous ont aidés dans notre travail.

A mon âge, je rêve encore beaucoup et passe ainsi fréquemment une partie de mes nuits à l’usine d’Ambert à mon grand plaisir !

© Témoignages recueillis et rédigés par le groupe Histoire locale du comité des Sages de Saint-Jean de Braye

Un grand merci à tous ceux qui ont permis de revivre l’usine d’Ambert.

Le pont Saint-Loup. (le pont, le canal et la Loire

Le pont Saint-Loup, le canal et la Loire.

Liens vers le site de la ville de Saint-Jean-de-Braye :

Restructuration-friche-Alstom

L’usine d’Ambert (1)

L’usine d’Ambert (2)

L’usine d’Ambert (3)

 

 

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