Le cinéma l’Artistic à Orléans

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Le cinéma l'Artistic à Orléans.

Le cinéma l’Artistic à Orléans.

Les cinémas à Orléans :
En 1959, il y avait quatre grands cinémas à Orléans, l’Artistic, l’ABC, le Royal et le Forum. L’Artistic était mon préféré, il était grand, beau, majestueux, magique même. Quand on y entrait, on était déjà dans le spectacle, les grands escaliers descendants nous invitaient, les affiches immenses collées sur les murs nous donnaient le programme des films à venir. Je m’approchais des caisses vitrées pour prendre un billet à un Franc, le moins cher, dans les premières, près de l’écran. Je descendais les marches et poussais la porte de la salle équipée d’un hublot et d’un ressort à deux directions. Une placeuse arrivait avec une lampe de poche et, tout en éclairant le sol, me guidait jusqu’à ma place. Je me souviens toujours des quelques films de ces années 1955-1960 comme Les Mines du Roi Salomon, Jeux Interdits, La Lumière d’en Face, Le Monde du Silence, Quand Passent les Cigognes, Le Pont de la Rivière Kwaï. La grande salle, avec son rideau et ses fauteuils de velours rouge, m’a fait rêver et m’émerveillait chaque fois que j’y entrais.
L’Artistic donnait directement sur les mails. Lorsque les forains étaient là – on disait la foire du mail – il n’y avait que la rue à traverser et le spectacle continuait ! Ce serait bien d’envisager la remise en activité de cette vieille salle où existait une scène derrière l’écran. Vite, qu’elle revive, pour le cinéma ou le théâtre, les fauteuils n’attendent que ça… « Mon Ciel de Traîne » chez Amazon

Le cinéma l'Artistic à Orléans

Le cinéma l’Artistic à Orléans devenu le Paramount City

L’historique :
La République du Centre replonge dans l’histoire de l’Artistic, un cinéma installé à cet endroit, qui fut aussi une salle de spectacle, inaugurée fin 1915.
La Première Guerre mondiale fait rage en ce début d’année 1916. Alors que certains habitants sont mobilisés au front, on vit sans faire de vagues, à Orléans.
Depuis plus d’un an, il est interdit d’organiser de grandes fêtes populaires, quand des Français meurent au combat. Mais les choses changent, doucement. En juin de cette même année 1916, on autorise à nouveau la grande foire, mais « sans parades, ni spectacles lumineux ».

Brel, Brassens, Piaf…
Sur le boulevard Alexandre-Martin, la vie nocturne s’éveille aussi. Lentement. Au numéro 69, derrière les briques rouges en pierre de taille percées d’arcades, une ancienne épicerie fait place à une vraie salle de spectacle, où l’on projette aussi des films muets.
Dans la « Salle des Nouveautés-Artistic cinéma », on a posé un parquet, une petite scène et un balcon pour accueillir pour la première fois les films de Charlot. On y ajoute des fauteuils à bascule, une fosse d’orchestre, un bar et un éclairage électrique. Discret mais classe, l’endroit séduit rapidement. La salle change de mains au fil des années, mais le succès demeure. Matériel, configuration des lieux, on modifie tout en 1933, et l’Artistic peut désormais accueillir 1.525 personnes car le cinéma se mue en scène de music-hall, une dizaine de fois par an.
Les soirées de la semaine rythment le quotidien des habitués. Le lundi soir est réservé aux commerçants, le vendredi soir aux notables locaux. Les huit ouvreuses, « grandes, minces et bien habillées » selon les témoignages d’époque, ne doivent rien négliger. Coiffures, ongles, tout doit être parfait. « C’était un peu un lieu de la bourgeoisie orléanaise, quand d’autres salles, l’ABC ou le Royal, étaient un peu plus populaires », concède aujourd’hui Serge Vannier, historien orléanais amateur, qui a travaillé un temps pour un cinéma concurrent, en ville.
Puis vient l’apogée. En plein coeur des Trente Glorieuses, le boulevard Alexandre-Martin accueille la fine fleur de la chanson française. Brassens, Piaf, Aznavour, Brel, Montand, Johnny… Les comiques viennent aussi. Coluche, Guy Bedos, Sim, etc.
On va alors à l’Artistic un peu comme on va aujourd’hui au Zénith. Voir des « vedettes », comme on disait alors.

« Moi j’y ai vu Gilbert Bécaud, au début des années 60, se souvient Colette, retraitée fleuryssoise. Il était jeune, beau, et la directrice se plaignait qu’il lui cassait tous ses pianos ! L’Artistic, c’était « La » salle mythique… » Un petit Olympia orléanais. La fin de la décennie 1970 est celle des bouleversements. C’en est fini des vedettes, justement, mais l’Artistic se modernise, devient Paramount-City. On y construit six salles, qui projettent, aussi, les gros succès américains. Les années 80 filent et Pathé rachète bientôt les lieux, avant de fermer boutique, pour ouvrir un complexe, place de Loire. Le dernier film projeté est un navet, l’inconnu au bataillon « Fusion the core ».

Le 6 avril 2003, la lumière s’éteint :
À 22 heures, le rideau tombe une dernière fois sur les écrans de l’Artistic. Sa première vie s’achève. Derrière la façade protégée, laissée intacte pour le futur hôtel à bâtir, on attend aujourd’hui la seconde.

Le désamiantage de l'Artistic

Le désamiantage de l’Artistic

Les dernières nouvelles :
Le désamiantage du bâtiment devrait débuter aujourd’hui (13 nov 2013) et la construction de l’hôtel, début 2014. L’Artistic est désormais bel et bien enterré. Du mythique cinéma, qui a fait rêver des générations d’Orléanais jusqu’en 2003, ne subsiste plus que la façade, protégée pour son « intérêt architectural ». Pour le reste, les écrans ou les projecteurs, ils ont déserté les lieux depuis un moment. L’heure est au chantier. Enfin, pourrait-on dire. Car le bâtiment, partiellement vidé en octobre 2011, attend depuis 2003 les travaux susceptibles de lui redonner vie. La faute à des investisseurs qui ont tardé à se manifester, et, plus récemment, à l’amiante. Présent dans tous les recoins, le matériau désormais interdit a beaucoup ralenti le projet du groupe Ferré, propriétaire des murs, qui veut en faire un hôtel. Le chantier a finalement débuté en septembre, soit un an après le dépôt du permis de construire, par le retrait des derniers sièges et des tapis.
Construction en 2014
Depuis trois semaines, une équipe de désamianteurs s’active derrière les hautes barrières en tôles qui masquent l’entrée du bâtiment. « Nous avons sept ouvriers qui sont en train de confiner les lieux, avec du plastique double peau, explique le conducteur des travaux, Hamza Lichiheb. L’objectif est de sortir 30 m ³ de déchets par jour. Le désamiantage devrait débuter demain ( aujourd’hui, ndlr) »
Le désamiantage des faux plafonds et de la toiture sur ce bâtiment de 600 m ² va occuper les employés de la société SED pendant trois semaines. Ceux de l’entreprise Eccodec leur succéderont, cette fois pour procéder aux derniers travaux de démolition, qui devraient s’étirer jusqu’à fin 2013. C’est seulement début 2014 que la construction de l’hôtel débutera. Il s’agira certainement d’ un Ibis deux étoiles (ou Ibis Budget), qui pourrait donc ouvrir ses portes au cours de l’année prochaine.

Florent Buisson Publié le 13 novembre 2013

(*) Sources : La République du Centre, 1974, 1981, 1988, 2003. Archives municipales d’Orléans.

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